Le trouble d’accumulation compulsive (ou syllogomanie) est souvent réduit à des images de maisons encombrées, de piles d’objets qui envahissent tout.
En réalité, il s’agit d’un trouble complexe, reconnu, qui touche autant l’espace de vie… que le système nerveux et l’histoire émotionnelle de la personne.
Dans cet article, je vous propose de comprendre quelques ressorts émotionnels fréquents du TAC – parmi d’autres – et de découvrir comment des outils comme la respiration, le relâchement, l’ACT, l’hypnose et de très petits pas concrets peuvent soutenir un changement possible, pas à pas.

Trouble d’accumulation compulsive : comprendre… et commencer à avancer pas à pas
Le trouble d’accumulation compulsive (TAC), parfois appelé syllogomanie, ne se résume pas à du “bazar” ou à un manque d’organisation. Il s’agit d’un trouble reconnu : une difficulté persistante à jeter ou se séparer d’objets, quel que soit leur valeur réelle, au point d’encombrer les pièces de vie et de provoquer une souffrance importante.
Beaucoup de personnes qui accumulent savent très bien que leur logement n’est plus adapté. Elles aimeraient changer, accueillir des proches, retrouver un peu de liberté… et se retrouvent pourtant bloquées, prises dans un cycle d’angoisse, d’évitement, de honte et parfois de conflits familiaux.
Dans cet article, je ne prétends pas expliquer toutes les causes possibles du TAC.
On sait qu’il existe aussi :
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des facteurs génétiques et neurobiologiques,
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des particularités cognitives (prise de décision, attention, catégorisation),
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des comorbidités : anxiété, dépression, TOC, etc.
Je vais me concentrer sur quelques racines émotionnelles fréquentes que je rencontre souvent en accompagnement… et sur la manière dont mes outils (respiration, relâchement, ACT, hypnose, travail progressif sur l’environnement) peuvent aider à faire bouger les choses, un pas après l’autre.
1. L’accumulation compulsive : bien plus qu’un “bazar”
Pour bien poser le cadre, rappelons quelques caractéristiques du TAC :
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Difficulté persistante à jeter ou se séparer d’objets,
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Besoin ressenti de conserver, avec une détresse intense à l’idée de s’en séparer,
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Encombrement qui empêche l’usage normal des pièces,
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Souffrance psychique, impact sur la vie sociale, familiale, professionnelle.
À cela s’ajoutent souvent :
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de la honte, de la culpabilité,
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un fort isolement,
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des conflits avec l’entourage,
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parfois des interventions extérieures (famille, services sociaux, bailleurs) vécues comme intrusives ou humiliantes.
Beaucoup de personnes me disent :
« Je sais que c’est trop, je sais que ce n’est pas vivable,
mais dès que j’essaie de jeter, c’est comme si tout mon corps disait NON. »
C’est là que l’on commence à voir qu’il ne s’agit pas d’un simple problème de rangement, mais d’un système de survie émotionnel.
2. Quelques ressorts émotionnels fréquents (parmi d’autres)
Il ne s’agit pas de cocher des cases ni de dire “tout vient de là”. Mais certaines dimensions reviennent souvent dans l’histoire des personnes qui souffrent d’accumulation compulsive.
a) Attachement insécure : l’objet comme base de sécurité
Quand, dans l’enfance, l’environnement affectif est :
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imprévisible,
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inconsistant,
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occupé par d’autres problèmes (maladie, conflits, dépendances…),
l’enfant peut construire un attachement insécure. Il ne sait jamais vraiment s’il peut compter sur les adultes.
Plus tard, l’adulte peut développer un lien très fort aux objets :
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un objet ne juge pas,
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ne s’énerve pas,
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ne part pas sans prévenir,
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ne critique pas.
Les possessions deviennent alors une sorte de base de sécurité. Jeter un objet n’est pas juste “faire de la place” : c’est parfois ressenti comme perdre une présence rassurante.
b) Peur de l’abandon et de la perte
Quand on a vécu beaucoup de séparations ou de pertes (deuils, divorces, placements, internats, départ des enfants, ruptures…), le système nerveux peut retenir surtout :
« Ce qui est important finit par disparaître. »
Les objets deviennent alors une façon de se protéger de cette douleur :
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garder un objet = garder un lien avec une personne, une époque, une version de soi,
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jeter = revivre une forme de perte ou de rupture.
Dans certains cas, un événement traumatique (incendie, catastrophe, expulsion, etc.) renforce encore ce besoin de tout garder pour ne plus jamais “tout perdre”.
c) Le vide intérieur et les achats comme “shoot de vie”
Beaucoup de personnes décrivent un sentiment de vide :
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« Je me sens creux / morte à l’intérieur. »
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« Je ne ressens ni plaisir, ni joie, seulement du vide ou de l’angoisse. »
L’acte d’acheter, lui, déclenche une forme d’excitation et de plaisir : l’exploration, la recherche, la “bonne affaire”, le panier que l’on remplit… Tout cela donne un shoot de dopamine qui fait se sentir vivant, quelques instants.
Peu à peu, le cerveau associe :
Vide ou mal-être → j’achète quelque chose → je me sens mieux (un moment).
L’achat devient une stratégie de régulation émotionnelle.
Le problème, c’est qu’elle ne traite pas la cause du vide… et qu’elle finit par saturer l’espace et la vie quotidienne.
d) La “fausse culpabilité” : jeter = faute morale
Dans des familles marquées par la pauvreté, la guerre, les privations, on entend souvent :
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« On ne jette pas, ça peut servir. »
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« Il y a des gens qui n’ont rien, toi tu jettes ! »
Pour l’enfant, ces messages peuvent s’imprimer comme une loi morale :
« Jeter, c’est mal.
Jeter, c’est gaspiller.
Jeter, c’est trahir ceux qui ont souffert avant. »
À l’âge adulte, chaque tentative de tri réactive une culpabilité énorme, souvent disproportionnée par rapport à la réalité de l’objet… mais totalement réelle dans le ressenti.
3. Le système nerveux en mode survie : limbique vs cortex
Pour simplifier, j’explique souvent les choses ainsi :
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Le cerveau limbique (émotionnel, instinct de survie) crie :
« Danger ! Ne jette pas ! Ne perds pas ! Tu vas le regretter ! »
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Le cortex préfrontal (la partie qui planifie, réfléchit, voit à long terme) sait :
« Cette pièce n’est plus utilisable.
J’aimerais pouvoir circuler, inviter quelqu’un, respirer chez moi. »
Dans le TAC, c’est souvent le limbique qui gagne. Dès que l’on approche d’un sac poubelle ou d’un carton “à donner”, l’alarme s’emballe :
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tension dans le corps,
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boule dans la gorge,
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cœur qui s’accélère,
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pensées catastrophes (“et si j’en avais besoin ?”, “si je jette, je vais souffrir”, “je vais le regretter”).
L’accumulation devient alors une tentative de calmer cette alarme interne.
C’est une solution de survie à court terme… qui finit par créer d’autres difficultés à long terme.
La question devient donc :
Comment aider la personne à ne plus être uniquement pilotée par cette alarme (limbique),
et à redonner un peu de place à la partie d’elle qui veut construire une vie plus libre (cortex, valeurs, projet de vie) ?
C’est là que mes outils entrent en jeu.
4. Mon approche : plusieurs portes d’entrée pour un même objectif
Dans mon travail, j’articule plusieurs dimensions. Selon les personnes, selon le moment, nous allons ouvrir d’abord une porte… puis une autre.
a) Respiration et relâchement : baisser le volume de l’alarme
En tant que spécialiste des techniques de respiration et de relâchement (apnée, cohérence cardiaque, hypnose, etc.), je vois chaque jour à quel point le corps est la première porte d’accès.
Respiration lente, relâchement musculaire, ancrage corporel permettent :
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de diminuer un peu l’intensité de l’angoisse,
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de redonner au cortex une chance d’être entendu,
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de traverser un moment difficile sans fuir ou se dissocier complètement.
On peut par exemple utiliser :
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la cohérence cardiaque (respirer à un rythme régulier, 4–6 respirations par minute),https://youtu.be/hDpsmx9ChBs?si=QM-b_LK0z8AOeDBC
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des respirations guidées de type 4–4–6–2, (https://www.youtube.com/watch?v=z4qQQn7wybQ)
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des exercices de relâchement segment par segment,
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ou des visualisations de “lieu ressource” (un endroit intérieur où la personne se sent un peu plus en sécurité).
Ces outils ne “guérissent” pas le TAC à eux seuls, mais ils créent l’espace nécessaire pour que d’autres changements deviennent possibles.
b) ACT et travail sur les pensées : sortir de la cage mentale
L’ACT (Acceptance and Commitment Therapy) est une approche qui me parle particulièrement. Elle vise à :
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repérer les pensées-cage (“si je jette, je suis une mauvaise personne”, “je ne mérite pas d’avoir une maison vivable”, etc.),
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apprendre à les regarder comme des phénomènes mentaux – et non comme des ordres absolus,
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accepter la présence d’émotions (peur, tristesse, honte) sans leur obéir systématiquement,
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et se reconnecter aux valeurs : qu’est-ce qui est vraiment important pour moi, au-delà du bazar ?
Un petit mantra que j’utilise souvent :
« Je peux ressentir cette peur / cette culpabilité…
et malgré tout, faire un tout petit geste dans le sens de la vie que je veux. »
c) Hypnose, imagerie et travail avec les “parts”
L’hypnose et les approches par “parts” (parts de soi, enfant intérieur, etc.) permettent de rencontrer :
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la part qui garde tout pour ne pas souffrir,
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la part qui est encore figée dans un abandon ou un traumatisme ancien,
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la part qui rêve de liberté mais n’ose pas y croire.
Le but n’est pas de “forcer” ces parts à disparaître, mais de :
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reconnaître leur intention (protéger, éviter la douleur),
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leur apporter d’autres moyens de se sentir en sécurité,
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renforcer une position d’adulte qui peut choisir, aujourd’hui, avec plus de ressources qu’à l’époque.
d) Exposition progressive au tri : des micro-actes concrets
Enfin, il y a le travail dans la réalité, pièce après pièce… ou plutôt coin après coin.
Nous travaillons souvent sur :
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des zones très petites (un coin de table, une chaise, une marche d’escalier),
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des temps courts (10–15 minutes),
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des décisions limitées (“je garde ici / je garde ailleurs / je donne / je jette”).
Les exercices de respiration et les outils ACT/hypnose viennent soutenir ces moments : respirer avec l’émotion qui monte, se reconnecter à ses valeurs, laisser les pensées-cage défiler sans leur obéir automatiquement.
5. Deux “travaux” simples pour commencer à engager le changement
Voici deux expériences que vous pouvez tester, à votre rythme.
Elles ne remplacent pas un accompagnement thérapeutique, mais peuvent déjà ouvrir une brèche.
Travail n°1 : Le journal d’une situation
Objectif : apprendre à observer votre fonctionnement, sans jugement.
Pendant une semaine, choisissez une seule situation par jour qui vous a marquée.
Ça peut être :
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un achat,
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une tentative de tri (réussie ou non),
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un coup de fil d’un proche,
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une visite qui vous a stressé(e),
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un événement lié à votre maison ou à vos objets.
Pour chaque situation, notez en quelques lignes :
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Ce qui s’est passé concrètement.
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Les émotions présentes (avant, pendant, après).
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Les pensées automatiques (“je suis nul(le)”, “je ne vais jamais y arriver”, “si je jette, je vais le regretter”, etc.).
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Ce que vous avez fait, finalement (garder, acheter, éviter, trier un peu, tout remettre, etc.).
Le but n’est pas de faire “bien”, mais de devenir un peu plus conscient(e) de ce qui se joue en vous.
Travail n°2 : Un “coin de liberté” avec respiration
Objectif : vivre une petite expérience concrète de changement, contenue et maîtrisée.
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Choisissez une toute petite zone :
un coin de table, une chaise, une étagère de 30 cm, une marche d’escalier. -
Avant de toucher aux objets, prenez 2 à 3 minutes pour respirer calmement :
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inspirez par le nez pendant 4–5 secondes,
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expirez doucement pendant 6 secondes,
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laissez votre corps se poser un peu.
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Prenez chaque objet un par un. Pour chacun :
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remarquez brièvement l’émotion (peur, tristesse, culpabilité, nostalgie…),
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si c’est trop intense, faites 3 respirations lentes,
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décidez :
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je garde ici,
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je garde ailleurs,
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je donne,
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je jette.
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Quand la petite zone est faite, arrêtez-vous, même si vous avez envie de continuer.
Regardez ce “coin de liberté”, et laissez-vous sentir ce que cela fait en vous, même si c’est mélangé.
Un changement durable commence souvent par ce genre de micro-mouvement, répété, plutôt que par une grande opération spectaculaire.
6. Et après ? Ne pas rester seul… et s’entourer
L’accumulation compulsive n’est ni un défaut de caractère, ni une question de “bonne volonté”.
C’est souvent la pointe visible d’une histoire complexe, faite de blessures, de stratégies de survie et d’un système nerveux qui a fait de son mieux pour protéger la personne… parfois au prix d’une vie devenue étouffante. Doctolib+1
Mon travail, en tant que thérapeute, hypnothérapeute, formé à l’ACT et spécialiste des techniques de respiration et de relâchement, est de vous aider à :
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apaiser l’alarme intérieure (anxiété, montée émotionnelle) grâce à la respiration, le relâchement, l’hypnose,
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remettre du sens sur ce que vous vivez (liens avec l’attachement, la peur de l’abandon, la perte, la culpabilité),
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vous reconnecter à ce qui compte vraiment pour vous (vos valeurs, votre projet de vie) avec les outils de l’ACT,
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transformer ces grandes montagnes en petites marches franchissables, l’une après l’autre, grâce à un travail progressif dans l’environnement réel.
Mais ce travail s’inscrit idéalement dans un accompagnement pluridisciplinaire. Selon les situations, il peut être utile – voire nécessaire – d’être entouré(e) par :
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un·e médecin psychiatre ou votre médecin traitant, pour poser un diagnostic, évaluer les comorbidités (dépression, anxiété, TOC…) et, si besoin, proposer un traitement médicamenteux adapté ;
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un·e psychologue ou psychothérapeute spécialisé·e en TCC, ACT ou thérapies basées sur la compassion, car ces approches ont montré leur intérêt dans le trouble d’accumulation compulsive ;
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parfois un·e travailleur·se social·e, une association, ou des services à domicile (infirmier·e, aide à domicile, équipes spécialisées “syndrome de Diogène”) quand l’encombrement menace la santé, la sécurité ou le maintien dans le logement ;
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des professionnels du nettoyage / débarras formés à la syllogomanie, en coordination avec l’équipe soignante, pour éviter les interventions brutales et traumatisantes ; La Candélie+1
-
éventuellement des groupes de parole ou programmes en ligne dédiés au hoarding, parfois basés sur l’ACT ou la TCC, qui permettent de rompre l’isolement et de partager des stratégies avec d’autres personnes concernées.
L’idée n’est pas de “multiplier les intervenants” pour se perdre, mais de coordonner :
un travail émotionnel et corporel,
un travail psychothérapeutique,
et un travail très concret sur le logement et le quotidien.
On ne change pas une maison ni une vie en un week-end.
Mais on peut commencer par un souffle, une prise de conscience, un geste différent…
Et parfois, le fait de savoir que plusieurs professionnels marchent à vos côtés rend ce chemin un peu plus supportable.
📚 Pour aller plus loin – quelques ressources
Pour rédiger cet article, je me suis appuyé sur mon expérience personnelle et professionnelle, le soutien de V.L, mais aussi sur plusieurs ressources accessibles au grand public ou aux professionnels :
Sur le trouble d’accumulation compulsive / syllogomanie
-
Articles de synthèse en français sur la syllogomanie et le trouble d’accumulation compulsive (définition, symptômes, prise en charge) sur Doctolib, Nord Nettoyage, et des cliniques spécialisées. Cleaners France+4Doctolib+4Nord Nettoyage+4
-
Guide d’accompagnement pluridisciplinaire des personnes présentant un syndrome de Diogène (CH de La Candélie, 2024) : qui fait quoi sur le territoire, articulation entre sanitaire, social et habitat. La Candélie+1
Sur l’attachement, les émotions et le hoarding (TAC)
-
Études montrant le lien entre attachement insécure (peur de la perte, de l’abandon) et comportements d’accumulation. Hoarding Disorders UK+3ScienceDirect+3ScienceDirect+3
-
Revues conceptuelles du hoarding disorder et de ses mécanismes (comorbidités, émotion, attachement aux possessions). PMC+1
Sur l’ACT et les thérapies pour le hoarding
-
Revue récente sur l’Acceptance and Commitment Therapy pour le hoarding disorder, ainsi que des protocoles ACT spécifiques (présentiel et en ligne). International OCD Foundation+5PubMed+5ResearchGate+5
-
Articles TCC et approches systémiques appliquées à la syllogomanie. Nord Nettoyage+2Clinic Les Alpes+2
Sur la respiration lente et la régulation émotionnelle
-
Revues systématiques et études montrant que la respiration lente améliore la variabilité de la fréquence cardiaque (HRV) et aide à réguler l’anxiété et le stress. Wiley Online Library+5ScienceDirect+5Frontiers+5